Les 10 recommandations de l'ANSSI
Les recommandations proposées par l'ANSSI permettent d’optimiser l’effort de construction d’une supervision de sécurité. Sans prétendre à l’exhaustivité, elles aident à tracer les grandes lignes de la démarche.
De fait, elles doivent être adaptées au contexte et aux spécificités de chaque projet.
❶ Acquérir de la connaissance sur le SI à superviser : cette connaissance doit être recueillie selon plusieurs axes, tels que les risques, les technologies, l’architecture et la vie du SI (comme les interventions ou les méthodes d’administration). C’est à l’intersection de ces savoirs que se conçoit une stratégie de détection efficace (voir ci-dessus).
❷ Préparer le SI avant de le superviser : avant toute chose, il est recommandé d’élever le niveau de sécurité du SI supervisé à un seuil de cybersécurité nominal.
En effet, tenter de superviser un SI qui n’est conforme ni aux principes de défense en profondeur ni aux mesures d’hygiène informatique (ANSSI, « Guide d'hygiène informatique : renforcer la sécurité de son système d'information en 42 mesures », septembre 2017) est une perte de temps et d’argent. Ces ressources seront mieux employées dans une phase préalable d’amélioration du SI. Cette étape rendra le projet de supervision plus fluide et plus viable.
❸ Commencer à superviser avec les moyens en place : il est possible d’atteindre un premier niveau de supervision du SI, même imparfait, sans investissement supplémentaire. Il est recommandé de miser sur la connaissance de l’existant et l’utilisation des outils de sécurité déjà déployés (par exemple, un antivirus ou l’activation de la journalisation sur un autre dispositif de sécurité).
Tout investissement supplémentaire présente le risque de diluer la capacité à faire entre la supervision et l’attention portée aux nouveaux moyens (intégration, déploiement, maintenance).
Pour commencer, il est donc plus efficace de démarrer les processus de la supervision en limitant l’ajout de moyens techniques et de confier la maintenance du SI de supervision aux équipes d’exploitation. Cela permet de préserver les ressources de la supervision pour les évolutions et l’amélioration continue.
❹ Adopter une démarche ascendante et diversifier les données : en adoptant une démarche ascendante (en anglais, bottom-up), il est recommandé de partir des sources de données disponibles et pertinentes, pour commencer à satisfaire certains objectifs de détection.
C’est seulement dans un second temps qu’il est intéressant d’ajouter des sources, en visant un optimum entre :
-la couverture du périmètre à superviser ;
-la représentativité des activités sur le périmètre supervisé (comme le système, le réseau, l'applicatif ou l'industriel) ;
-la prise en compte des objectifs de supervision.
Cette démarche itérative s’inscrit dans l’amélioration continue de la supervision.
❺ Porter un intérêt particulier aux postes de travail : le point faible utilisé par de nombreuses attaques de masse (comme les rançongiciels) est le poste de travail, sur lequel l’utilisateur peut naviguer sur le Web et lire ses courriels. Ces postes sont des éléments du SI fortement distribués et exposés.
-en premier lieu, de s’assurer que les principes d’hygiène informatique sont correctement appliqués (voir notre dossier « Nouvelles technologies dans l’entreprise : impacts et traitements comptables «, partie 2 dans ce numéro) ;
-en second lieu, de s’intéresser aux éléments de sécurité déjà déployés (par exemple, un antivirus).
Il est utile de comprendre les alertes levées par ces systèmes pour traiter efficacement les causes et résoudre les problèmes soulevés. Le cas échéant, une solution dédiée aux équipements terminaux (comme l'endpoint detection and response/EDR, en français, détection et réponse des terminaux) peut être déployée pour bénéficier, entre autres, d’une visibilité plus riche sur l’activité du parc.
L'EDR est un logiciel utilisé pour détecter les cyberattaques, telles que les ransomwares et autres malwares, en surveillant en continu les terminaux (téléphones mobiles, ordinateurs, serveurs, objets connectés…).
Si le périmètre des postes de travail est un point de départ, d’autres périmètres doivent être traités avec attention (comme les équipements de bordure, l'interconnexion entre les réseaux, les services exposés ou l'annuaire centralisé).
❻ Adopter une démarche « frugale » face au volume des données : dès lors que des outils dédiés à la supervision de sécurité sont mis en place, se pose la problématique de la centralisation des données. Il est recommandé de limiter le volume des données.
Voici quelques axes pour y parvenir :
-déterminer l’activité malveillante recherchée, et les scénarios de menace associés ;
-sélectionner des sources pertinentes pour détecter ces scénarios de menace ;
-choisir un niveau de journalisation adapté ;
-filtrer des événements récurrents inutiles ;
-agréger des événements apparentés ;
-adapter la période de rétention au besoin réel d’analyse a posteriori.
Il est également recommandé de traiter, en dehors du périmètre de la supervision de sécurité, les autres besoins qui reposent sur les traces d’un SI, mais qui ne concourent pas directement à la recherche d’activités malveillantes (comme l'archivage de journaux, les obligations réglementaires concernant la traçabilité sur le SI et la maintenance préventive).
❼ Avancer progressivement vers la maturité : afin de rendre progressive la montée en maturité et de l’adapter aux situations initiale et finale de chaque entité, il est recommandé d’adopter une démarche « des petits pas » selon 3 axes :
-les processus peuvent être initialisés progressivement, en partant du processus de connaissance du périmètre supervisé (voir ci-dessus, les processus de supervision). De plus, certains processus peuvent être initialisés par le biais de l’externalisation (comme la veille en vulnérabilités et menaces) ;
-les outils dédiés peuvent être implémentés graduellement, à partir des premiers capteurs, fonction technique par fonction technique (par exemple, exploiter des alertes dans les consoles de chaque outil, puis centraliser les alertes et ensuite enrichir les données centralisées) ;
-les périmètres peuvent être couverts par avancées successives, sans chercher à avancer trop vite. Pour chaque périmètre, il est recommandé de choisir judicieusement les familles d’équipements à couvrir de façon exhaustive.
❽ Mettre en cohérence les ressources avec les ambitions : la création d’une supervision de sécurité s’apparente à une course de fond. Il faut donc gérer judicieusement ses ressources financières comme humaines. Le budget doit être conçu sur du moyen/long terme. Les ressources humaines doivent être enrichies au fil du développement du système. Les attentes opérationnelles doivent être réalistes, quitte à évoluer en fonction des succès constatés.
❾ Gérer l'incertitude : l’incertitude est une composante de la supervision de sécurité. Il n’y a jamais de certitude d’avoir choisi les bonnes sources de données, ou d’avoir retenu des critères (règles, comportements) suffisamment pertinents. Il n’y a jamais de certitude non plus quant au résultat de la supervision, en particulier en absence de résultat : est-ce qu’il ne se passe rien, ou est-ce que je ne détecte pas ce qu’il se passe ?
Il est recommandé de mettre en place des mesures aidant à maîtriser l’incertitude, aux niveaux technique et organisationnel, notamment en vérifiant la pertinence et l’efficacité de la détection par le biais d’exercices réguliers [comme la plateforme de tests automatisés, les tests de pénétration redteam (en français, équipe rouge) sur le périmètre supervisé]. Dans un premier temps, ces exercices peuvent impliquer les analystes dans un esprit coopératif. Par la suite, ils peuvent être menés en aveugle dans un esprit d’émulation.
❿ Cultiver la confiance vis-à-vis des parties prenantes : le capital confiance acquis par une supervision de sécurité est une ressource précieuse qui conditionne son efficacité. Cette confiance se gagne rarement sur des faits d’armes retentissants. Elle se bâtit progressivement, en particulier auprès des bénéficiaires directs comme les administrateurs du SI.
Il est recommandé de répartir clairement les rôles et les responsabilités, et d’adopter une démarche transparente (« dire ce qu’on fait et faire ce qu’on dit »).
De plus, la supervision doit rester neutre pour éviter la critique des uns (mauvaises pratiques des équipes techniques) ou des autres (incidents de sécurité non détectés par l’équipe de supervision).
Par ailleurs, il est primordial de partager régulièrement les axes de progression du dispositif de supervision de sécurité et les indicateurs produits avec les autorités du SI supervisé. Cette pratique permet de les éclairer sur ce que le dispositif produit et sur les informations qui aident les équipes de la DSI à mieux protéger leur SI.