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Devenir l'e-DAF de ses clients : une mission pour l'expert-comptable

À l'occasion du 74e congrès de l'Ordre des experts-comptables, dont le thème était l’expert-comptable au cœur des flux, s’est déroulé un atelier dédié aux opportunités de missions pour les experts-comptables, en tant qu’e-DAF pour leurs clients (« Et si vous deveniez l’e-DAF de vos clients ? » – Congrès de l’Ordre des experts-comptables, 26 septembre 2019, interventions d'Éric Freudenreich, en charge du contrôle de gestion Direction des achats du groupe Vallourec et président d'ECE, de Laurent Lanzini, senior manager chez Square/Tallis Consulting et administrateur d'ECE en charge du digital, et de Magali Poiet, associée du cabinet Wizifin). En voici les points essentiels.

Qu’est-ce qu’un e-DAF ?

L’e-DAF fait référence non pas à un directeur administratif et financier (DAF) externalisé, mais aux notions de DAF digital ou DAF 2.0 ou DAF 4.0, c’est-à-dire de DAF au cœur des flux digitaux.

En substance, l’e-DAF assure le lien entre les enjeux de la fonction finances de l’entreprise et les nouveaux outils technologiques que sont l’intelligence artificielle/IA, le machine learning ou encore le robotic automatisation process ou RPA (robotisation des procédures).

Les nouveaux enjeux des directeurs administratifs et financiers

Un rôle qui s'est étoffé et transformé

Tout d’abord, il est intéressant de noter qu’un certain nombre de directeurs administratifs et financiers en entreprise ont une formation d’expertise comptable, c’est pourquoi l’atelier était coanimé par Éric Freudenreich, président de l’Institut des diplômés d’expertise comptable en entreprise (ECE).

Selon une récente étude effectuée auprès d’entreprises de toutes tailles (www.pwc.fr/priorites-2019-directeur-financier.htlm), le rôle des directions financières s'est largement étoffé et transformé au cours de la dernière décennie. Cette étude relève que les missions prioritaires des DAF sont les suivantes.

Des challenges multiples

En premier lieu, figure parmi les missions prioritaires du DAF la stratégie de croissance de l’entreprise, principalement la croissance interne via l’adaptation de l’offre pour « coller au business ». Cette priorité est d’ailleurs commune avec les cabinets d’expertise comptable et d’audit.

La deuxième priorité citée par les DAF est le pilotage de la performance, c’est-à-dire la qualité et le respect des délais de l’information financière et du prévisionnel. À ce titre, 61 % d'entre eux estiment que le digital peut améliorer ces éléments.

Les autres challenges auxquels doivent faire face les DAF sont :

-l’optimisation des processus et la gestion du BFR. Cette priorité est classée en 3e position, même en période de baisse des taux d’intérêt ;

-la maîtrise des risques et la cybersécurité, les enjeux liés à ce sujet étant souvent à tort sous-estimés par les DAF ;

-la gestion des talents.

Quelle est la place de l’expert-comptable dans cet environnement ?

De plus en plus expert

L’expert-comptable « de plus en plus expert et de moins en moins comptable » peut aider les DAF confrontés à l’ensemble de ces enjeux sur bien des aspects : du diagnostic des besoins de l’entreprise à l’accompagnement dans le choix et le testing des solutions digitales les plus pertinentes pour répondre aux problématiques évoquées ci-avant ainsi qu'à leur mise en place.

Accompagnement dans les différentes solutions techniques

Pour répondre aux challenges que doivent relever les DAF, voici des exemples de solutions techniques sur lesquelles l'expert-comptable peut être amené à intervenir. Il va ainsi pouvoir guider l'entreprise dans ses choix et optimiser les arbitrages effectués.

À chaque challenge, ses solutions

Pour chacune des priorités des DAF recensées ci-avant, des catégories de solutions techniques innovantes peuvent exister et sont, par ailleurs, souvent accessibles à la plupart des entreprises quels que soient leur taille ou leur budget :

-challenge du pilotage de la performance : outils d'intelligence artificielle/IA ;

-challenge d'optimisation des processus : gestion électronique des documents (GED), factures électroniques, robotic process automation (RPA ; voir ci-après) ;

-challenge de la gestion des talents : chatbot RH, e-learning et gestion des connaissances ;

-challenge de la maîtrise des risques : logiciels de contrôle du fichier des écritures comptables (FEC) (pour les risques comptables et fiscaux).

Il nous paraît important de détailler certaines de ces solutions techniques car leurs contours et avantages ne sont pas toujours évidents à cerner.

La GED

La gestion électronique des documents (en anglais DMS pour document management system ou EDM pour electronic document management) désigne un procédé informatisé destiné à organiser et gérer des informations et des documents électroniques au sein d'une organisation. Par extension, la GED désigne également les logiciels permettant la gestion de ces contenus documentaires.

Le chabot RH

Le chatbot est un programme informatique semi-autonome mis au point pour répondre à un ensemble de messages, relativement simples, par des réponses pré-paramétrées. Il s'agit donc en quelque sorte d'un « agent conversationnel » qui utilise les données internes et/ou externes à l’entreprise mises à sa disposition pour fournir la réponse la plus pertinente par rapport à la question posée (par le client, etc.). Dans sa version la plus aboutie, le chatbot intègre l'IA via la « machine learning ». Dans cette hypothèse, le chatbot apprend des échanges avec ses interlocuteurs et se montre alors capable d’adapter ses analyses, ses comportements et les réponses produites.

Les chatbots sont utilisés, notamment, sur Facebook et Messenger (« Jam » en est un exemple), ou sur certains sites de e-commerce qui affichent un conseiller virtuel chargé de vous guider dans votre parcours client.

Initialement utilisés par les grandes entreprises de vente au détail afin d'améliorer la relation et la satisfaction client, les chatbots se sont rapidement diffusés ces dernières années et leur utilisation s’est démocratisée. Cette technologie a désormais atteint un niveau de maturité suffisant pour que d’autres secteurs et fonctions de l’entreprise s’y intéressent et c'est, notamment, le cas de la fonction ressources humaines/RH. Les directions des ressources humaines des entreprises/DRH considèrent en effet de plus en plus les collaborateurs comme des clients internes et se penchent donc sur les possibilités qu'offre cet outil.

Les chatbots RH peuvent, notamment, prendre la forme de foires aux questions ou frequently asked questions/FAQ nouvelle génération et personnalisées. Le chatbot permet ainsi aux collaborateurs de l'entreprise d'accéder à des réponses rapides et immédiates en ce qui concerne les questions du quotidien.

Par la réalisation de tâches simples (les renseignements sur les droits à congés, l’envoi de bulletins de salaire, les règles de gestion ou de fonctionnement interne), le chatbot peut permettre de libérer du temps de travail et de recentrer les professionnels RH sur des tâches à plus grande valeur ajoutée. Quand le DAF assure une partie de ces fonctions RH, ce qui peut arriver dans certaines entités, il est naturellement intéressé par ce type de nouveaux outils que l'expert-comptable peut l'aider à mettre en place.

Les plus sophistiqués des chatbots (RH ou d'autres types) peuvent même analyser de la donnée liée à leur propre activité et ainsi procéder à une collecte directe d’informations, en réalisant des enquêtes de satisfaction, par exemple, et en synthétisant leurs résultats. Ils peuvent alors, sous certaines conditions, représenter une véritable aide décisionnelle (recrutement...). Sans se départir de l’intelligence humaine, l’intervention d’un tel outil peut rendre cette tâche plus simple et/ou moins chronophage.

Lorsque le DAF est confronté en direct à des challenges ou problématiques de recrutement, l'IA via un chatbot peut, à l'instar d’un assistant RH, réaliser des tests de personnalité, de compétence ou de motivation, voire délivrer un premier niveau d’analyse des candidatures et déterminer leur adéquation aux besoins de l’entreprise.

Au-delà du DAF lui-même, l’anthropomorphisation du chatbot, grâce à une identité visuelle, voire une « personnalité » quasi-humaine (ton, vocabulaire utilisé, intégration de smiley, etc.) peut ainsi participer à la construction par l'entreprise d'une image innovante auprès de ses employés et des candidats potentiels (communément dénommée « marque employeur »). En assistant ses clients dans la mise en œuvre de ce type de nouvelles technologies, l'expert-comptable peut donc aussi les aider à bénéficier de cette nature de valeur ajoutée.

Missions ponctuelles

Par ailleurs, la valeur ajoutée proposée par l'expert-comptable peut, dans certains cas, se concrétiser sous la forme de missions d’expertise comptable de type « DAF externalisé », de manière ponctuelle, par exemple pour les entreprises de plus petite taille, ou en cas de surcharge de travail du DAF pour les plus grandes. Ces offres de type « full service » sont à développer par les cabinets d’expertise comptable pour répondre aux attentes croissantes de leurs clients en termes d’accompagnement, de missions à forte valeur ajoutée, et non plus seulement de tenue et révision comptables.

Illustrations : quelques business cases

Les business cases présentés ici illustrent la diversité des expertises que les cabinets peuvent proposer dans le cadre de missions de type « full service » désormais très attendues par les clients.

Assister l'entreprise dans sa recherche de financements

Dans cette même perspective de devenir l'e-DAF de ses clients, l'expert-comptable peut aussi être amené à proposer son assistance dans le cadre de la recherche de financements pour l'entreprise. Il peut s'agit, en dehors du cadre des financements auprès de banques, de rechercher des solutions innovantes, s'appuyant, par exemple, sur le crowdfunding (financement participatif), crowdlending ou encore crowdequity (voir ci-après). Les montants en jeu seront souvent modestes par rapport aux prêts obtenus auprès de banques mais ces solutions de financement concernant de petits montants sont généralement obtenues dans des délais courts.

Ce type de solutions peut permettre de financer un recrutement urgent.

Une attention particulière doit toutefois, à notre avis, être portée sur les taux de commissions pratiqués par ce type de plateformes (4 % à 12 % souvent observés).

Crowdlending

Le crowdlending est un moyen d’investir dans les PME et l’économie réelle via une plateforme digitale. Les plateformes de financement participatif disposant d’un agrément permettent ainsi aux particuliers de prêter en direct à des PME sélectionnées.

Crowdequity

L'equity crowdfunding est l'offre en ligne de titres de sociétés privées à un groupe d'investisseurs. Il est aussi communément appelé crowdinvesting, crowdfunding d'investissement, crowdequity, crowd equity ou encore « financement par la foule ».

Élaborer des tableaux de bord

L'objectif de ce type de mission est de remplacer une vision dite « par silo » par une vision de type modèle associatif avec des « dashboards ».

Le tableau de bord de gestion est un outil d'évaluation de l'organisation d'une entreprise ou d'une institution constitué de plusieurs indicateurs de leur performance à des moments donnés ou sur des périodes données. En business intelligence, le tableau de bord de gestion est utilisé pour permettre la visualisation de données brutes afin de les rendre plus accessibles et compréhensibles, grâce à différentes représentations graphiques et différents types de hiérarchisation de la donnée. C’est un moyen efficace d’avoir une vue en temps réel ou différé des enjeux de son activité.

Mettre en place une RPA

L'automatisation des processus robotisés (en anglais robotic process automation ou RPA) est une technologie de création de robots par apprentissage du comportement d'un usager sur une interface graphique. Alors que dans une approche « classique » d'automatisation de processus, un développeur informatique élabore un programme qui effectue un certain nombre de tâches et interagit avec l'interface de programmation (API) de l'application, dans une démarche d'automatisation des processus robotisés, le système apprend la liste des tâches à automatiser en observant le comportement d'usagers humains.

L'expert-comptable peut, dans ce domaine là également, être un interlocuteur de premier ordre pour aider ses clients à choisir puis mettre en place une RPA adaptée aux besoins des activités de l'entreprise. Afin de proposer une mission d'accompagnement de l'entreprise dans son ou ses projets de RPA, l'expert-comptable sera généralement amené à établir une cartographie rigoureuse de tous les processus présents dans l'entreprise. Cette première phase que l'on pourrait qualifier de « diagnostic » sera aussi l'occasion, notamment, d'effectuer des contrôles qualité et... de vérifier que les process internes censés s'appliquer sont effectivement toujours d'actualité.

Une fois cette cartographie des process élaborée, pourra être établie une « to do list » ou programme de tâches pour le robot qui a été choisi.

Sécuriser la trésorerie des clients

Une autre illustration des domaines d'intervention de l'expert-comptable en mode e-DAF de ses clients est, par exemple, l'accompagnement dans l'optimisation du besoin de fonds de roulement (BFR) ou dans l'élaboration de prévisionnels de trésorerie. Dans le même esprit que la mission d'accompagnement dans la recherche de financements (voir ci-avant), ce type de missions consiste à faire gagner du temps aux clients en leur proposant des outils de gestion du cash pertinents par rapport à leurs besoins. Ils peuvent être présélectionnés et idéalement testés par le cabinet pour vérifier l'adéquation du ou des outils par rapport aux attentes du professionnel et la compatibilité par rapport aux SI déjà existants.

Les outils retenus peuvent aussi être des plate-formes en ligne de gestion des relances pour recouvrement des créances tels que gcollect.fr, legalcity.fr, sefairepayer.com, etc.

Les experts-comptables peuvent proposer un panel d'offres de type « full service » à leurs clients, afin de décharger le DAF de ces derniers de certaines de ses tâches.

Ces missions d'accompagnement sont potentiellement à forte valeur ajoutée pour les entreprises et mettent à profit les différents domaines de compétences des experts-comptables.

Prendre en main la recherche de financements, améliorer les tableaux de bord, mettre en place une RPA, optimiser le BFR et la trésorerie, sont autant de missions d'accompagnement à proposer aux clients.

Parution: 11/2019
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