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Date: 06/12/2018

Comptabilité

Gestion

Comment la santé financière des entreprises a-t-elle évolué de 2008 à 2017 ?

Étude sur 10 ans et sur un échantillon représentatif de PME et ETI françaises - ATH, association technique regroupant 26 cabinets d'audit et d'expertise comptable, présente la sixième édition de son étude consacrée à la santé financière des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de taille intermédiaire (ETI).

L’étude couvre la période 2008-2017 et analyse un échantillon de 11 500 PME et 2 300 ETI. Cet échantillon peut être considéré comme très représentatif puisque, selon l’Insee, la France compte actuellement environ 200 000 PME et 5 700 ETI. Les PME et ETI étudiées exercent leur activité dans le secteur marchand, hors services bancaires et financiers, assurances et holdings, mais également hors PME cotées ou dont la tête de groupe est cotée. L'année 2008, avant la crise, reste l’année de référence. Dans cette étude :

-la catégorie PME regroupe les entreprises dont l'effectif est compris entre 10 et 250 personnes et dont le chiffre d'affaires annuel va de 2 à 50 M€ ou le total du bilan se situe entre 2 et 43 M€ ;

-la catégorie ETI regroupe les entreprises comptant entre 250 et 5 000 salariés avec un chiffre d'affaires annuel allant de 50 M€ à 1,5 Md€ ou un bilan se situant entre 43 M€ et 2 Md€.

Le regain de croissance a continué en 2017 – Globalement, sur les 10 années couvertes par l’étude, la croissance de l’activité est de 20,7 % pour les PME et de 21,5 % pour les ETI. Ces taux sont supérieurs au taux d’inflation qui est de 8,6 % sur la même période.

S’agissant plus particulièrement de l’année 2017, la croissance de l’activité a été de 4,7 % pour les PME et de 3,8 % pour les ETI (contre respectivement 2,7 % et 1,4 % en 2016), avec une inflation proche de 1 %.

Les PME ont ainsi tendance à mieux tirer leur épingle du jeu en termes de croissance du chiffre d’affaires, mais rappelons que ces taux s’appliquent à un chiffre d’affaires moyen presque 15 fois plus élevé dégagé par les ETI que par les PME. En effet, le CA moyen des ETI est de 183,2 M€ et il est de 12,6 M€ pour les PME en 2017 (contre respectivement 172,5 M€ et 11,6 M€ en 2016).

On peut noter qu’en 2017, tous les secteurs d’activité ont bénéficié de cette croissance, y compris le secteur BTP qui était sur les années précédentes plus à la peine que les services, le commerce ou l’industrie.

Les activités de commerce toujours en tête et l’export toujours à la traîne – Le secteur d’activité le plus dynamique reste le commerce, suivi par l’industrie puis les services et le BTP. Les entreprises françaises restent également en retrait en termes de présence à l’export, en comparaison notamment des entreprises allemandes ou italiennes. Ainsi, seules 43 % des PME et 57 % des ETI réalisent un chiffre d’affaires à l’export (ces taux sont identiques à ceux de 2016). Les ETI sont, certes, plus présentes à l’international que les PME, mais cela signifie aussi que 43 % des ETI n’exportent pas du tout... Une vision plus optimiste des choses consiste à relever que ces mêmes ETI réussissent à réaliser en moyenne 183 M€ de chiffre d’affaires annuels sans exporter.

Le cas échéant, lorsqu’elles exportent leurs produits ou prestations de services, l’activité à l’export représente 18,6 % du chiffre d’affaires total des PME françaises et 31,4 % pour les ETI (contre 18 % et 30 % en 2016).

Une croissance non profitable – En matière de profitabilité économique, le critère retenu dans l’étude ATH est le taux de résultat d’exploitation moyen sur le chiffre d’affaires (taux REX/CA).

Le résultat d'exploitation a connu une amélioration en 2017 pour les PME alors qu’il a baissé pour les ETI par rapport à 2016. En outre, les PME ont retrouvé et même dépassé en 2017 leur niveau de 2008 (année avant-crise), alors que les ETI ont dépassé le résultat d'exploitation de 2008 en 2016 pour se retrouver au même niveau en 2017.

Mais au final, le taux REX/CA est en fait passé :

-pour les PME, de 4,3 % en 2008 à 3,8 % en 2017 (contre 3,71 % en 2016) ;

-pour les ETI, de 5,6 % en 2008 à 4,6 % en 2017 (contre 4,55 % en 2016).

En somme, même si le niveau de profitabilité ou les taux de marge actuels dans leur ensemble restent nettement inférieurs à ceux de 2008, l’année avant-crise, ils s’en rapprochent progressivement. En cela, l’année 2017, s’inscrit dans l’amélioration constatée depuis plusieurs années, sauf pour les ETI (en 2017).

Mais, si tous les secteurs d’activité progressent en 2017 à l’exception du BTP et des services pour les ETI, il reste qu’entre 2008 et 2017, le taux de résultat d’exploitation moyen sur le chiffre d’affaires a baissé de 0,5 point pour les PME et d’1 point pour les ETI. En outre, ces taux de REX/CA restent faibles par rapport par exemple à l’Allemagne et révèlent donc une relative fragilité économique des PME et ETI françaises.

Il est par ailleurs intéressant de noter que certains secteurs d’activité enregistrent des résultats d’exploitation plus élevés que d’autres. C’est le cas des services et de l’industrie, dans les PME. Dans les ETI, l’industrie passe même nettement en tête du classement, devant cette fois-ci le commerce et, en 3e position, les services. Le BTP reste le secteur dégageant au global le moins de résultat d’exploitation.

Qu’en serait-il sans le CICE ? – Il est difficile de connaître l’impact réel du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) sur le résultat d’exploitation (RE) des entreprises françaises, car il peut être comptabilisé soit au crédit du compte 649 (et donc impacter positivement le RE), soit au crédit du compte 699 (et dans ce cas impacter uniquement le résultat net). Néanmoins, on peut penser que les signaux économiques qui restent malgré tout plutôt encourageants seraient moins positifs sans le CICE. La progression quasi continue du REX depuis 2012 plaide a priori dans ce sens mais…le CICE sera, rappelons-le, supprimé à compter de 2019 pour être remplacé par une baisse progressive des charges patronales sur les salaires.

Structure financière : CAF et BFR stables ou détériorés comparés à 2008 – S’agissant de la structure financière des PME et ETI françaises, l’étude montre qu’entre 2008 et 2017 :

-la capacité d’autofinancement (CAF) est passée de 4,4 % à 4,3 % pour les PME et de 7,4 % à 6,3 % pour les ETI ;

-le besoin en fonds de roulement (BFR) est passé de 57 jours à 67 jours pour les PME et de 66 jours à 72 jours pour les ETI.

Pour les ETI, à raison d’un CA annuel de 183 M€, cette dégradation de 6 jours de BFR sur la période représente finalement près de 3 M€ de « cash » en moins et ce, malgré les législations plus contraignantes intervenues sur la période pour limiter les retards de paiement clients, notamment via la loi Sapin II.

Par ailleurs, les PME ont globalement réussi à contenir leur taux d’endettement malgré le contexte économique délicat, puisque leur ratio dettes/capitaux propres est passé de 52,2 % en 2008 à 46,6 % en 2017 (nette amélioration). Pour les ETI, en revanche, on observe un ratio dégradé puisqu’il est passé de 52,5 % en 2008 à 55 % en 2017. Cette tendance, déjà observée en 2015 et 2016, reflète la nécessité d’investissements parfois très lourds que les ETI ne peuvent financer sans fortement s’endetter, notamment dans le domaine industriel.

Observatoire ATH de l'information financière, « 2018 - Zoom sur la santé financière des ETI – évolutions 2008-2017», « 2018 - Zoom sur la santé financière des PME - évolutions 2008-2017 » ; http://www.observatoireath.com.

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